Appel à communication

La mobilisation in situ des énergies renouvelables et fatales, à l’échelle du bâtiment, du quartier ou du village, fait l’objet de déploiements croissants en Europe. La récente directive européenne de l’énergie reconnaît la pertinence de communautés énergétiques citoyennes. Rassemblant des personnes physiques ou morales, ces communautés endossent des rôles variés : du partage coopératif et non-marchand d’énergie renouvelable captée en commun à ceux d’acteurs de marché tels que producteur, fournisseur, gestionnaire de micro-réseaux, voire agrégateur. Cette directive constitue un tournant par rapport aux directives précédentes qui visaient à développer la concurrence entre opérateurs du gaz et de l’électricité afin de créer un grand marché unique européen.

Promue au titre des politiques climat, la substitution des énergies fossiles, massivement importées dans de nombreux pays européens, par des énergies renouvelables élargit effectivement le champ des possibles. Les spatialités des systèmes/circuits énergétiques reliant production et consommation et, plus largement, ressources et usages s’en trouvent potentiellement diversifiées et démultipliées. Les comportements de consommation ou, plus prosaïquement, les pratiques d’utilisation de l’énergie se trouvent bousculées non seulement par des injonctions - désormais usuelles - à la sobriété mais aussi à la flexibilité, à l’effacement et, peut-être prochainement, au stockage.

Qu’ils soient continus (électricité, gaz, chaleur) ou discontinus (combustibles solides approvisionnés par des infrastructures de transport), les réseaux supportant les flux énergétiques sont menacés (ou confortés ?) par une plausible multiplication des communautés énergétiques auto-consommant l’énergie qu’elles capturent in situ et réduisant ainsi les soutirages sur les réseaux public. L’économie des réseaux, leur fiabilité et les solidarités auxquels ils contribuent sont ré-interrogées. Les parties prenantes de ces réseaux, et en particulier gestionnaires et les régulateurs, se préoccupent de ces questions.

Même si leur ampleur future apparaît incertaine, les transformations émergentes et annoncées appellent de nouveaux outils d’observation, de simulation et, in fine, d’aide à la décision au service d’une variété d’acteurs : communautés énergétiques bien sûr, mais aussi collectivités territoriales, gestionnaire de réseaux, producteurs, etc.

Ce colloque vise à croiser les regards sur les communautés énergétiques auto-productrices. La complexité et l’hétérogénéité des transformations appellent des approches disciplinaires variées pour comprendre les changements et les transitions : sociologie, psychologie, économie, géographie, urbanisme, management, science politique, etc. Ci-dessous, trois axes sont proposés de façon non-exhaustive pour illustrer la diversité des propositions attendues.

Au-delà de l’observation des processus sociaux et sociotechniques, cet appel à communication s’élargit aux outils d’aide à la décision/conception : à l’architecture ainsi qu’aux sciences des systèmes telles que le génie électrique, le génie énergétique, les mathématiques appliquées... Il peut s’agir de “modéliser” le choix des acteurs, les objets technologiques constituant des systèmes énergétiques collectifs et les médiations entre consommation et production in situ.

A. La coordination des acteurs et les régulations des systèmes énergétiques

Le développement des communautés énergétiques et de l'autoconsommation collective implique des évolutions des modalités d’organisation et de tarification des réseaux (injection, fourniture et distribution) vers une plus grande diversité de configurations que celle d'une relation entre grand fournisseur et consommateur individuel. Ces changements de coordination entre acteurs et les régulations afférentes remettent notamment en question les formes en vigueur des services publics de l'énergie ; ils ouvrent de nouvelles échelles spatiales de coordination, notamment du système électrique, et de nouvelles coopérations entre les différents réseaux publics d’énergie. Nous attendons des contributions qu'elles décrivent les changements en les éclairant éventuellement par une mise en perspective historique et/ou des comparaisons internationales. Les contributions pourront aussi mettre en évidence les significations politiques et juridiques, et/ou les effets économiques de ces changements, les enjeux de l’intégration de ces communautés aux réseaux publics d'énergie (conditions d’accès au réseau, participation à l’équilibre offre/demande global, financement des solidarités, etc.).

B. L’espace habité ou transformé

Le déploiement des systèmes de production et de consommation locales d’énergies renouvelables (EnR) questionne les processus de conception et/ou d’appropriation de l’espace, tant à l’échelle des unités de vie, du bâtiment, de l’îlot, du quartier, jusqu’à celle du grand territoire. La reconfiguration des réseaux énergétiques, autant que l’émergence de nouveaux acteurs, laissent imaginer une évolution des manières de penser, de faire et de pratiquer les territoires. Inversement, les processus de transformation de l’espace bâti orientent et formatent des circuits courts entre production et consommation qui émergent à l'échelle locale.

Sans être exclusives, les propositions pourront interroger les collectifs constitués pour mener ou pour accompagner l’émergence de tels dispositifs énergétiques, leur nature, les négociations qui s’y développent, et la manière dont s’articulent le fonctionnement de ces collectifs et dispositifs avec les pratiques des espaces, alors habités dans un sens large. Elles pourront également interroger l’évolution des processus de conception des projets architecturaux, urbains et paysagers au contact de ces dispositifs, que ce soit dans des dimensions opérationnelles, morphologiques ou encore sensibles.

C. Méthodes et outils de la planification, supervision et gestion des systèmes énergétiques multi-acteurs

Le développement des projets partageant l’énergie mobilisée et consommée in situ s’effectuent dans des configurations variées : projets architecturaux et urbains, coopératives de consommateurs/producteurs, initiative municipale ou de bailleur. La conception s’opèrent le plus souvent en concertation entre plusieurs parties prenantes. Les processus conduisant à l’investissement et à la définition des règles de partage de l’énergie s’appuient sur des outils d’aide à la décision qui peuvent prendre des formes très variées : jeu sérieux, représentation numériques 2D ou 3D, périmètres de modélisation, modalités de gestion, utilisabilité par les décideurs/concepteurs/consommateurs, etc. Ces outils peuvent également répondre à une variété d’objectifs portés par différentes parties concernées. Au-delà (ou en amont) de la démarche usuelle d’optimisation technico-économique, ils peuvent proposer et mettre en discussion des scénarios en amont de l’investissement ou encore en phase d’utilisation. Les contributions attendues pourront porter sur l’élaboration des outils, leur utilisation dans des processus de décision, les stratégies de déploiements associées … ou bien encore sur la présentation argumentée de méthodes et d’outils.

 

Les crises majeures mettent à l’épreuve les sociétés, les communautés et les individus : la fiabilité des infrastructures, les micro- et macro-résiliences, la capacité protectrice des Etats, la globalisation d’inspiration néo-libérale, le fonctionnement des services publics …. Ce sont des enjeux qui interrogent la place de communautés énergétiques auto-consommant l’énergie qu’elles produisent. Sans vouloir en faire une question centrale ni constituer un nouvel axe thématique, des enseignements peuvent-ils être tirés, certains résultats d’observation récente doivent-ils être ré-interrogés ? Les communications peuvent donc éventuellement ouvrir une discussion sur l'actualisation de vos recherches et sur l’agenda de recherche relatif aux communautés énergétiques (addendum du 19/03/2020).

 

Format attendu

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Langue : français ou anglais

Des numéros spéciaux de revues francophones et anglophones sont visés pour la publication de communications.

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